
ALAIN DECAUX
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Président du Collège des conservateurs du Domaine de Chantilly, le 15/06/2006
Vous êtes président du Collège des conservateurs du domaine de Chantilly depuis huit ans. Vous allez donc assister en 2006 à vos cinquièmes Nuits de Feu. Quelles réflexions pouvez-vous en tirer ?
Je ressens avant tout une continuité. Les Nuits de Feu sont incontestablement intégrées dans la mémoire des habitants du département, et bien au-delà. Leur présence toujours accrue marque l’intérêt qu’ils portent à cette manifestation unique par son importance et son ambition.
Quels avantages le domaine trouve-t-il à accueillir les Nuits de Feu ?
Le château et le parc représentent un joyau du domaine artistique français. Un nombre certain de spectateurs des Nuits de Feu, ceux notamment qui y viennent pour la première fois, découvrent que le château est devenu le deuxième musée de France après le Louvre. La bibliothèque abrite une des plus importantes collections de chefs-d’œuvre imprimés et manuscrits du monde.
Souvent la presse a évoqué les difficultés financières du domaine. Où en est-on aujourd'hui ?
Depuis un certain nombre d’années, elles n’ont fait que s’accroître. Nous ne parvenions plus à équilibrer les recettes et les dépenses. Le domaine doit se suffire à lui-même et, d’année en année, la nécessité absolue de grands travaux s’est révélée de plus en plus urgente. Le domaine étant classé, l’Etat nous a apporté sa contribution légale, insuffisante en l’occurrence. Une aide précieuse nous a été fournie par le département et la région. Avec les Amis de Chantilly, nous avons sollicité et heureusement obtenu des mécénats : fondations, grandes entreprises et particuliers. Mais nous étions toujours loin du compte. Les programmes étaient établis. Faute de moyens, nous ne pouvions les réaliser. Ce n’est plus le cas aujourd'hui.
Pourquoi ?
Nous avons la chance, à Gouvieux, d’avoir un voisin : le prince Aga Khan. Grand mécène en plusieurs régions du monde, son attention a été attirée sur nos difficultés et il s’est proposé de créer une Fondation pour nous venir en aide. La négociation entre l’Institut de France et l’Aga Khan a duré quatre années et elle est arrivée à son terme. Une convention a été rédigée et signée à la satisfaction des deux parties. Le décret concrétisant cet accord est paru au Journal officiel le 10 août 2005. La Fondation est prévue pour vingt ans. Une première tranche de travaux est déjà engagée. Je le dis avec force : nous sommes sauvés.
CHRISTOPHE BLANC
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Photographe, le 15/06/2006
A 37 ans, Christophe Blanc, informaticien de profession, a deux passions qui auraient fait de lui un jour ou l’autre, un véritable « accro » des Nuits de feu. Celle des feux d’artifice et celle de la photo.
Les feux d’artifice - on pourrait ainsi dire pour paraphraser un célèbre gaulois d’Uderzo et Goscinny - qu’il est tombé dedans lorsqu’il était tout petit. « J’aime cela depuis le jour où j’ai vécu mon premier feu lorsque j’étais enfant » se souvient Christophe Blanc « c’était chez ma grand-mère maternelle à la campagne et mon oncle, ancien militaire, avait en charge de tirer le feu d’artifice du village. A cette époque, les produits étaient encore très dangereux ; je ne voyais pas le montage mais je venais assister aux résultats. »
Pour la photo, c’est la même chose. « Mon père qui en était un passionné, m’en a transmis le virus depuis l’âge de 12-13 ans » raconte-t-il « Nous avions la chance qu’il existe un club photo à son travail et nous pouvions réaliser les prises de vues et les tirages. C’était du noir et blanc et nous faisions à l’époque beaucoup de photos de paysages et de la famille. Depuis que je suis passé à la couleur, je me consacre à la prise de vues et je fais faire les tirages en labo »
La chance a voulu que ses parents habitent près de Chantilly (où il habite aujourd’hui). Aussi, dès les premières Nuits de feu en 1987, il était dans le parc du château. « Le château, les jardins… c’est un site magnifique et si chargé d’histoire » apprécie-t-il, lui qui goûte précisément aux feux d’artifice tirés sur des lieux « à décors » naturels uniques comme par exemple, ceux de la ville fortifiée de Carcassonne.
C’est avec l’édition 1994 qu il commence à prendre ses premiers clichés des Nuits de Feu dont il a apprécié l’évolution et dont il est devenu un véritable expert. « Au début » explique-t-il « on tirait des bombes et ce sont les pays qui concourraient. Aujourd’hui, c’est le côté artistique qui a pris le dessus et les feux sont de véritables chorégraphies, mises en place par des artificiers qui maintenant concourent en leurs noms propres. C’est une vraie réussite et cela a permis de relancer l’évènement ».
« Il y a en outre à Chantilly, » ajoute-t-il « une ambiance unique, car même si cela se déroule sur deux jours, les concurrents tirent le même soir et le même site est partagé par les artificiers. En général, dans les autres concours que j’ai vus - à Cannes par exemple - ou que j’aimerais bien voir un jour comme celui de Montréal-, le concours se déroule sur plusieurs semaines, chaque artificier prenant possession à tour de rôle du site. C’est plus communautaire à Chantilly ; les artificiers se côtoient, se relayent, travaillent ensemble, se parlent même s’ils restent concurrents. Je ne connais pas d’équivalent dans le monde » .
Ses conseils pour réaliser de bonnes photos
A le croire, pour réaliser de bonnes photos lors des prochaines Nuits de Feu, ce n’est pas très compliqué. « Ce n’est pas forcément nécessaire d’avoir un matériel de haute technologie. Il y a simplement quelques règles à respecter. Il faut avoir un pied et bien choisir le temps d’exposition pour avoir sur le même cliché, plusieurs bombes qui n’explosent pas en même temps. Je conseillerais un déclencheur souple (un cordon) pour éviter les vibrations du boîtier et une lampe électrique pour régler sur place l’appareil, ce qui n’est pas toujours facile dans le noir » .
Pour la sensibilité des films ? « Je travaille avec des films peu sensibles (50, 100 asa) car il y a des bombes très lumineuses. Cela permet par ailleurs une meilleure restitution des couleurs qui sont plus tranchées. Il faut aussi désactiver le flash. Et j’utilise le carton noir bien connu des amateurs de photos. En le plaçant devant l’objectif entre l’explosion de deux bombes lors d’une prise de vue qui dure une dizaine ou une vingtaine de secondes, cela me permet par exemple de ne pas surexposer le château de Chantilly » . En ce qui concerne ce qui fait souvent débat chez les photographes, à savoir l’ouverture, Christophe Blanc privilégie le 5,6 pour les gros feux et le 8 pour les feux moins importants. Mais comme il le dit lui-même sur son site Internet christopheblanc.free.fr , c’est une question de choix.
En tout, le sien est manifestement bon et au fil des années, il s’est taillé une belle réputation dans le monde de la pyrotechnie où les artificiers qu’il a été amené à rencontrer, ont apprécié à la fois sa passion pour leur spécialité et la qualité de ses clichés. Au point souvent de l’inviter aux premières loges. A Chantilly, cela va de soi mais aussi sur d’autres sites : Annecy, Cannes, Rouen (pour l’Armada) ou encore à Versailles pour les Fêtes de Nuit et à Paris pour le 14 juillet.
Et lorsqu’il lui reste encore du temps, il sillonne aussi l’Oise des feux d’artifice : sur les étangs de Milly-sur-Thérain, sur la colline de Clermont, sur les péniches de Longueil-Annel, face au château de Pierrefonds ou encore près de la cathédrale de Senlis. Vous avez dit accro ?.
Propos recueillis par Jacques-Pierre Milly
ISABELLE DUFRESNE
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Directrice des Nuits de Feu, le 15/06/2006
Comment positionnez-vous les Nuits de feu de l’Oise ?
Nous voulons les positionner comme le premier rendez-vous mondial de la pyrotechnie, à travers le spectacle avant tout. L’événement est devenu incontournable pour les artificiers concurrents sur le plan économique, artistique et médiatique. Ainsi, le bouquet d’or attribué à Chantilly fait désormais partie des grandes références des curriculum vitae des artificiers.
Combien de temps auparavant préparez-vous les Nuits de feu ?
On serait tenté de dire dès la fin de l’édition en cours. Les Nuits de Feu étant biennal, l’année impaire est consacrée au débriefing et à la réflexion. C’est une sorte de phase « recherche et développement » qui permet de travailler à l’évolution du concept. Sinon, la phase d’organisation débute un an avant le spectacle ; c’est le moment de l’élaboration du cahier des charges pour la pyrotechnie suivie ensuite par les cahiers des charges son, lumière, énergie et tribunes. La promotion et la commercialisation débutent, elles, neuf mois avant le début des festivités.
Combien de personnes l’organisation des Nuits de Feu mobilise-t-elle ?
Il y a une montée en puissance progressive sur place et pendant la dernière semaine de préparation : fin mai, une dizaine de personnes prépare le site ; la dernière semaine, c’est plus de 200 personnes qui travaillent tous les jours sur le site. Et chaque soir, plus de 1200 intervenants directs sont au service des Nuits de Feu. Parmi ces intervenants, 400 bénévoles, 150 pompiers, 30 médecins et infirmiers du SAMU et 500 gendarmes qui vont notamment aider les spectateurs sur la route du retour.
Le but des Nuits de Feu est-il toujours la promotion du tourisme dans l’Oise ?
Bien évidemment. Ce que nous voulons démontrer avec les Nuits de Feu, c’est que l’Oise est une terre d’événement. N’oublions pas que le comité départemental du tourisme a pour but, comme son nom l’indique, de faire la promotion du tourisme dans l’Oise. De plus, les Nuits de Feu sont l’occasion pour nous de vendre nos hébergements, nos sites, nos musées…tant auprès du public que de la presse nationale.
JEAN-ERIC OUGIER
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Directeur artistique, le 15/06/2006
Vous êtes directeur artistique des Nuits de Feu 2004. En quoi consiste votre rôle ?
Je tiens à dire que la présence d'un directeur artistique comme on nous appelle, est spécifique aux “Nuits de Feu” et c'est remarquable car la pyrotechnie n'est toujours pas considérée par l'intelligentsia culturelle comme un spectacle à part entière. Le feu d'artifice est encore dans les esprits un divertissement populaire. On s'intéresse plus au quantitatif qu'à l'artistique. Et il y a peu de spécialistes capables d'en faire une critique artistique. Je suis donc heureux que les Nuits de Feu appellent un spécialiste comme moi pour faire de cette manifestation un événement artistique majeur. Pourtant, à son apogée, aux XVIIe et XVIIIe siècles, le feu d'artifice était un véritable pan de la création artistique, particulièrement à Chantilly, grâce aux Condé. Aujourd'hui des pays comme l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, la France et la Chine possèdent une vraie culture du feu d'artifice. C'est un art sculptural, architectural, musical et chorégraphique qui occupe l'espace. Un art total, bonifié aujourd'hui par les technologies modernes informatiques.
Comment est né chez vous cette passion ?
J'avais trois ans quand je m'y suis intéressé. J'ai commencé à fabriquer mes premières « bombes » à douze ans. J'étais aussi passionné de musique classique. Je suis devenu par la suite directeur artistique d'un festival de musique classique puis je me suis orienté vers la pyrotechnie tout naturellement. J'ai créé ma société “ Fêtes et feux ” à 22 ans. J'en ai 46 aujourd'hui et je suis toujours aussi passionné.
Revenons-en à votre rôle…
Mon rôle est donc avant tout de réhabiliter cette démarche artistique, particulièrement auprès des médias en recherchant et en sélectionnant les meilleurs artificiers possibles ayant intégré cette démarche de conception et de création. Le feu d'artifice est tout de même l'art qui, parmi tous, attire le plus de spectateurs au monde ! Ce n'est pas un art mineur mais pour le moment seul le public en est convaincu, pas les spécialistes de la culture.
quels critères sélectionner les participants aux Nuits de Feu ?
On donne tout d'abord aux candidats (35 cette année) un thème de travail, l'architecture, pour cette édition et pour lequel le jardin baroque de Chantilly est un cadre idéal. Ces artificiers créent alors un synopsis de l'histoire qu'ils veulent raconter, nous proposent les dessins de leurs bouquets pyrotechniques. Je me rends également sur les lieux où ils se produisent dans l'année pour évaluer leur potentiel, leur sens artistique, la dramaturgie de leurs oeuvres. Savoir faire exploser des bombes (les feux) n'est plus suffisant. Il faut créer des tableaux pyrotechniques avec de l'émotion, du rythme, une progression dans l'histoire, susciter notre imaginaire. Puis j'en sélectionne huit. C'est dur mais je remercie le Département et le Comité départemental de tourisme pour sa volonté à offrir un vrai et grandiose spectacle tous les deux ans.
Donc, des Nuits de Feu encore plus spectaculaires cette année qu'en 2002 ?
Je l'espère car j'ai été encore plus exigeant sur les sélections cette année, en insistant sur le plaisir offert. Bien sûr il existe toujours une part de risque, climatique ou technologique par exemple, qui peut ruiner un tel spectacle. La pyrotechnie n'est pas une science exacte. Mais si tout va bien de ce côté-là, alors nous vivrons des moments sans doute révolutionnaires ! Pendant deux jours, le public pourra ainsi comparer dix expressions artistiques, puisque, en plus des huit en compétition, je réalise le feu d'ouverture et les vainqueurs de la dernière édition (voir JdO mars) officieront à la clôture de ce que je considère comme LE festival du feu d'artifice. Mon rêve serait maintenant de créer un espace permanent où l'on puisse proposer chaque soir un spectacle, comme il existe l'opéra ou le théâtre, pour ôter définitivement l'aspect éphémère qui colle au feu d'artifice, et en faire un opéra global. Mon second rêve serait d'investir des sites naturels (volcans, champs, etc.) pour créer des expressions artistiques abouties et picturales en pleine nature. C'est le “ Land Art ”. Ça arrivera.
VITOR MACHADO
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Administrateur et Directeur artistique, LUSO PIROTECNIA (Portugal), le 15/06/2004
Quand avez-vous débuté dans la pyrotechnie ?
En 1995, j’ai fondé ma propre compagnie de feux d’artifice Pirotec Pirotecnia grâce à l’aide d’autres artificiers senior qui m’ont généreusement appuyé à mes débuts.
Comment voyez-vous l'avenir de la pyrotechnie ?
L’avenir de la pyro sera digital et la précision deviendra un facteur très important. L’usage de la technologie comme par exemple, Magic Fire, qui permet la programmation informatique de l’ouverture des bombes dans le ciel au millième de seconde seront les alliés des designers futurs. Les possibilités seront donc infinies. Dans un autre ordre d’idées, sécuritairement parlant et surtout face aux difficultés rencontrés dans le transport international de la pyro, les effets de proximité représentent aussi une bonne portion des marchés
De quelle réalisation personnelle êtes-vous le plus fier ?
Luso Pirotecnia serait probablement une de mes plus grandes réalisations personnelles ainsi que une de celles de mes 3 autres associés. Ensemble, nous avons réussi à unir le travail au quotidien de 4 entreprises qui continuent toujours leurs activités respectives. Ce tour de force, selon plusieurs, nous a permis de réaliser les plus grands événements pyrotechniques au Portugal depuis les 10 dernières années et de s’afficher sur la scène internationale parmi les plus grands de l’industrie.
Quel souvenir gardez-vous des Nuits de Feu 2004 ?
Les nuits de feux est l’un des plus fantastiques événements pyrotechniques dans la monde. L’organisation, le site et le public sont parfaits et contribuent pour le succès du festival et l’expérience de chaque firme participante. Après avoir été invité, nous n’avons pas hésité une seconde à y participer. De par sa réputation et la nature de la compétition, avec ses défis (musique imposée, pièces imposées…) il nous était impensable de ne pas y participer. Notre participation allait confirmer nos attentes : un site merveilleux offrant des possibilités excellentes et infinies en terme de conception (utilisation 3D de l’espace, la profondeur, l’encadrement…). C’est aussi une chance unique de pouvoir échanger avec les autres équipes sur le terrain. Le fait que le montage de tous les spectacles soit effectué pour tous en même temps, permet des échanges bien intéressants. Nous pouvons ainsi tirer des apprentissages sur les techniques des autres nationalités.
Cette année, vous serez membre du jury et artificier pour les bouquets finaux
Ce sera un honneur et une grande responsabilité d'être dans le jury au mois de juin. Ce sera aussi une première. D’être de l’autre coté et de faire l’évaluation du travail de d’autres collègues représentera un travail très difficile. En connaissant le calendrier des participants de l’édition 2006, ces derniers faisant tous partie des meilleurs du monde et possédant déjà beaucoup d’expérience dans le cadre de festival international, l’évaluation du gagnant sera une tâche délicate.
Pour les bouquets finaux, il sera évidemment difficile de répondre à la demande et d’impressionner le public après 3 spectacles de qualité. Cependant en utilisant le thème du l’édition 2006 des Nuits de feu, nous pourrons réaliser la danse de clôture sur le grandiose plateau pyrotechnique de Chantilly. Le bouquet sera chorégraphié et réalisé sur une musique décrivant la sensualité, la vulnérabilité et la férocité des mouvements de la danse. Le spectacle évoluera donc à un rythme endiablé alternant l’usage de la technologie digitale et celui de la plus pure tradition pyrotechnique portugaise.
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"Les Nuits de Feu" est un festival pyrotechnique organisé par le Comité Départemental du Tourisme de l'Oise


